Refondation de l'Ecole : position de l'ANDEP pour les élèves

Nous appelons tous les citoyens - CDI - élèves - photo : © Isabelle Gabrieli

AXE 1 – LA RÉUSSITE SCOLAIRE POUR TOUS LES ÉLÈVES

L’ANDEP se félicite de la volonté affichée et de la revendication d’une réussite pour tous et souligne par là-même que l’action des professeurs documentalistes, en interaction avec le centre de documentation et d’information, est emblématique de cette réussite de chaque élève.

Cette réussite relève pour nous d’un postulat, d’un prérequis inaliénable inscrit dans les fondements même de l’éducation.

Dans sa configuration actuelle, le CDI ne permet pas l’accomplissement scolaire de tous les élèves. L’action des professeurs documentalistes dans leur mission pédagogique ne stimule pas la réussite scolaire pour tous. Elle favorise, à son corps défendant, la fracture sociale qui s’accroît dans les sociétés du numérique.

Une nouvelle forme d’illettrisme numérique participe à l’élitisme scolaire, accentuant ainsi les inégalités sociales et éducatives. Le CDI est souvent le terrain d’expérimentation de ses disparités éducatives, le professeur documentaliste est souvent le témoin privilégié de l’accroissement de cet l’illettrisme numérique.

C’est en partant de ce postulat, nourrit par l’observation du terrain et les évaluations diagnostiques réalisées au sein de notre association, que nous pouvons exprimer ce qui sera le garant d’une réussite scolaire pour tous.

A ce titre, nous notons une évolution sensible dans le discours institutionnel qui progressivement est passé « de former et apprendre avec le numérique » à « former et apprendre le numérique ». C’est dans cette évolution que l’ANDEP entrevoit les grandes lignes d’une éducation incluant la maîtrise raisonnée des TUIC mais aussi et surtout la formalisation de savoirs info-documentaires.

Nous revendiquons la mise en place d’une véritable éducation à la culture informationnelle qui sous-entend l’inscription dans les programmes scolaires de l’éducation aux cultures médiatique, informatique et numérique.

Cette éducation doit être portée par un curriculum info-documentaire qui clarifie d’une part les fondamentaux à acquérir par les élèves et d’autre part qui engage la responsabilité des professeurs documentalistes dans l’enseignement et l’accompagnement de ces fondamentaux.

 

Nous défendons cette conviction que cet enseignement ne relève pas d’une simple méthodologie qui ne saurait supporter d’être théorisée, ni de l’accumulation de compétences qui sorties du champ des savoirs ne permettraient pas davantage la formation de citoyens éclairés. Il ne s’agit plus de former des élèves à la recherche documentaire (dont les fondements mêmes ont été rendus obsolètes par l’évolution du Web 2.0) mais bien d’extraire des sciences de l’information ce qui constitue les bases d’un enseignement et d’une didactique.

L’évolution de l’Internet des contenus vers le Web social des réseaux et des services, nous oblige à ne plus considérer l’environnement numérique comme un simple outil d’accès aux connaissances mais comme un objet de savoir et d’interrogation sur le savoir. A ce titre, tant au collège qu’au lycée, les élèves doivent bénéficier d’une véritable formation qui sorte de la logique des différents apprentissages mis en place jusqu’à présent. En effet, le B2i  ne comble pas le déficit en formation  des élèves, en privilégiant l’entrée par les compétences, il réduit les apprentissages à une visée utilitariste et instrumentale du numérique. Par ailleurs la collaboration engagée avec les professeurs de discipline, bien qu’étant fondamentale dans la progression des élèves, ne participe pas à la réussite de tous les élèves.  Elle véhicule  une conception à la fois vassale des apprentissages info-documentaires et les enferme dans une formation aléatoire, soumise à la dynamique des projets. Elle est davantage révélatrice des activités innovantes des équipes pédagogiques que de la formation progressive des élèves.

 

Enfin le CDI, centre de ressources de l’établissement, reste le lieu où s’exprime et s’exerce la diversité et la complexité des cultures.  Les cultures médiatique, informatique et numérique sont indissociables de l’incitation à la lecture et de la culture du livre. La variété des champs de lecture doit être encouragée au collège et au lycée, sous toutes ses formes et sur tous ses supports.

 

AXE 2 – LES ÉLÈVES AU CŒUR DE LA REFONDATION

Il convient de reconsidérer les finalités des différentes réformes du collège, la complexité du Socle commun et la dispersion des différents enseignements d’exploration et accompagnements personnalisés du lycée.

L’élève au centre de cette refondation doit pouvoir bénéficier non pas d’une superposition parfois complexe des activités mais d’une cohérence d’enseignements identifiables et porteurs de sens. A ce titre, l’enseignement des savoirs info-documentaires doit pouvoir trouver sa place parmi la multiplicité des apprentissages proposés tant au collège qu’au lycée.

Au lycée, la culture informationnelle pourrait parfaitement s’intégrer dans les  enseignements d’exploration sur le niveau 2nde et dans l’accompagnement personnalisé des classes de 2nde, 1ère et terminale. Le travail réalisé autour d’un parcours consacré à l’orientation est à ce titre à conserver.

 

AXE 3 – UN SYSTÈME ÉDUCATIF JUSTE ET EFFICACE POUR LES ÉLÈVES

Un système éducatif juste et efficace s’appuie sur un corps professionnel d’enseignants pouvant exercer dans des conditions dignes et propices à une meilleure qualité des apprentissages.

Dans ce cadre, la dispersion des professeurs-documentalistes sur deux et parfois trois établissements est particulièrement injuste, pour eux et pour les élèves, et ne participe pas à la mise en place d’un système efficace.

37% des professeurs documentalistes, adhérents de l’ANDEP, exercent sur deux établissements, 17,4 % des professeurs documentalistes sont à temps partiel imposé et 9,6 % des professeurs-documentalistes sont en perte d’heures ou de contrat.

Parmi ces presque 10% de professeurs documentalistes qui sont dans une précarité de l’emploi, 71,4 % des professeurs documentalistes ne sont orientés sur aucune solution.

26,6% des professeurs documentalistes sont dans une impasse professionnelle : perte d’heures, perte de contrat, temps partiel imposé sans aucune possibilité d’évolution. Au-delà des difficultés liées à l’emploi, les élèves sont aussi victimes de cette situation.

Les situations d’exercice sont aussi parfois alarmantes : manque d’équipements ou équipements obsolètes, centre de ressources non conforme, fonds documentaires désuets, manque de budget et parfois même création d’établissement sans CDI.

 

Par ailleurs, Le « réservoir en documentation » est maintenant de plus en plus généralisé. Il est admis et courant d’utiliser des heures de documentation pour compléter l’emploi du temps de professeurs de discipline en perte d’heure. En parallèle, il est proposé aux professeurs-documentalistes des reconversions en enseignement de discipline quand cela est possible.

 

AXE 4 – DES PERSONNELS FORMÉS ET RECONNUS

La mise en place des savoirs info-documentaires et d’une culture informationnelle telle que précédemment évoqués, sous-entend une formation initiale et continue des professeurs-documentalistes revue à l’aune des sciences de l’information et de la communication (SIC).

Ainsi un « observatoire de la didactisation de ces savoirs info-documentaires » doit être fondé au cœur d’un groupe de recherche au sein de l’Education nationale.

L’ANDEP dénonce la multiplicité des personnels non-qualifiés intervenant dans la gestion des CDI. En effet, la multiplicité et la diversité des personnels (bénévoles, parents d’élève, éducateurs, CPE, aide-documentalistes) est un facteur aggravant dans la précarisation de l’emploi des professeurs documentalistes. 18,46 %  des personnels affectés dans les CDI n’exercent pas des fonctions de documentation.

Dans la majorité des cas observés, ce personnel intervient pendant l’absence du professeur documentaliste, qui peut par ailleurs être soit à temps partiel imposé, soit sur plusieurs établissements.

Cette situation semble souligner que les besoins en documentation dans les établissements scolaires sont réels et que ce personnel « non-qualifié » répond à une demande suite au manque de dotation horaire affectée dans les CDI. Nous tenons à souligner le paradoxe de cette situation qui veut que les professeurs documentalistes se retrouvent touchés par des pertes d’heures ou des temps partiels imposés alors que par ailleurs nous observons des besoins en service de documentation, comblés par un personnel non formé.

 

Cette situation fragilise également la reconnaissance des professeurs documentalistes d’une part, mais aussi la frontière souvent mouvante entre CDI et Vie scolaire. Les passerelles de travail et de concertation sont indispensables entre ces deux services, complémentaires dans la gestion des élèves hors du temps des cours. Cette complémentarité ne doit pas effacer la spécificité des personnels et la finalité des lieux et des apprentissages qui s’y déroulent.

 

Ce manque d’équilibre et d’harmonisation dans la répartition des postes de professeurs documentalistes est également déplorable pour la formation à la maîtrise de l’information des élèves. La mobilisation d’un personnel « non-qualifié » est révélatrice d’une conception du CDI ramené à sa simple expression de lieu de vie et non à sa représentation première de centre de ressources et de formation.

 

La légitimité des professeurs documentalistes passe aussi par la considération des CDI comme des espaces didactisés.

 

Pour le CA de l’ANDEP

Emmanuelle Mucignat

Présidente de l’ANDEP

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